Librairie Gargan'Mots

26 janvier 2016

« Le ciel est vide, dit Mathias ». Mathias est le personnage principal du dernier roman de Leslie Kaplan, paru ce janvier. Principal car c’est en lui que s’opère la synthèse de l’espace que le récit traverse (les rues de Paris) et de l’Histoire que ce même récit s’amuse à rejouer (la Révolution, ou plutôt les Révolutions françaises). Au gré de son trajet, Mathias rencontre des gens - passants, vendeurs de luminaires, clochards, mais aussi illustres figures jaillies du passé - qui, chacun à leur façon, lui donnent l’occasion de réfléchir à ce pan de notre Histoire commune. Ceci comme pour montrer comment ces événements infusent la conscience collective.
Les connexions, échos, dialogues improbables entre géographies et époques différentes tiennent lieu d’intrigue. Le même jeu de personnages est constamment réinjecté, remis en circulation. Tout concourt à pointer la nature artificielle du roman (« les livres, inventés, inventés, inventés » ; « les mots, les phrases. Inventés »). Et c’est précisément en se mettant à nu que le récit évite de verser dans le didactisme. La magie opère. Dans ce monde clos la parole est en constante expansion, et si le ciel est vide, l’espace du roman, lui, est saturé de signes.

Emilien

21 décembre 2015

Le grand format de l'album convient aux beaux tableaux peints par Dedieu. On accompagne le bonhomme de neige dans ces immenses et magnifiques grands espaces de nature en hiver, à la rencontre d'animaux qui jaillissent pleine page, superbes, mêlant une pointe de frayeur à une belle dose d'humour et de tendresse. Le texte conté est intelligent et Dedieu mérite les sourires qui éclairent nos "faces" d'enfants ou d'adultes lorsque s'achève notre lecture d' À la recherche du Père Noël.

Danièle

14 décembre 2015

La voix sombre saisit en littérature une onde singulière, unique et à portée universelle à travers les langues et les sons du monde, soutenue puis perdue dans la nuit des vivants quand les autres ne sont plus. La voix comme présence et absence incandescente, fragile et fugace jusqu'à l'usure qu'engendre l'usage des souvenirs. Du matin aux plus hautes heures du soir, écouter la radio ou un message enregistré sur un répondeur téléphonique prend alors une autre dimension et offre ici un puits de mémoire face à l'oubli. Ce petit livre d'une grande acuité et d'une incommensurable sensibilité s'avère être de ceux, très rare, susceptible de modifier pour son lecteur l'attention donnée aux êtres chers.

L'infini peut aussi se murmurer..

1 décembre 2015

La Femme qui pensait être belle

En treize brèves nouvelles, Kenneth Bernard explore le champ de ce que Perec appelait « l’infra-ordinaire », ces moments quotidiens qui nous paraissent tellement aller de soi que nous en oublions de les interroger. Marcher dans la rue avec sa femme, raconter une histoire à son fils, prendre le métro, autant de petites actions qui forment dans nos vies une sorte d’angle mort, de vide perceptif. Kenneth Bernard réinvestit ce vide en le saturant de pensées, de descriptions, d’annotations, qui se déploient aussi bien par associations d’idées qu’à travers une logique viciée. Dès lors, l’objet de la narration se trouve cerné avec une telle précision que cela en devient comique, voire délirant. Ne vous laissez pas prendre par le ton apparemment léger du livre : il renferme une manière de voir le monde des plus singulières.

Emilien

28 novembre 2015

Dans Un Privé à Babylone, Brautigan rend
hommage au roman noir américain et ses
maîtres (Hammett, Chandler pour ne citer
qu’eux) tout en s’appropriant les codes du
genre afin de le tourner en dérision. En
effet, le motif principal de l’intrigue - une
grossière histoire de cadavre volé - sert de
prétexte à la mise en scène de
personnages et de situations typiques. On
trouve, pêle-mêle, le détective privé sans
le sou et qui désespère de dénicher une
affaire, la femme fatale, la course-
poursuite en voiture… autant de clichés
que l’écriture virtuose de Brautigan,
constamment inventive, empêche de
prendre tout à fait au sérieux. En bref, un
chef-d’œuvre à ne pas rater !

Emilien